Vespa Primavera : Piaggio obtient une nouvelle protection européenne contre les copies

02.10.2026

La silhouette d’un scooter peut-elle être protégée au même titre que son nom ou son logo ? Dans le cas de la Vespa Primavera, la réponse est désormais clairement positive à l’échelle européenne. L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) a accordé à Piaggio l’enregistrement d’une marque tridimensionnelle portant sur la forme du scooter. Une décision importante pour le constructeur italien, régulièrement confronté à des modèles reprenant les codes esthétiques de Vespa. Pour le marché du scooter, cette décision dépasse le seul cas de la Primavera. Elle illustre la place prise par le design dans l’identité des constructeurs et les moyens juridiques dont ils disposent pour protéger une silhouette devenue suffisamment identifiable auprès du public.

La forme de la Vespa Primavera devient une marque tridimensionnelle européenne

La décision remonte précisément au 22 juillet 2026. L’EUIPO a accepté la demande déposée par Piaggio concernant la forme de la Vespa Primavera, aussi bien pour les véhicules à deux roues que pour les modèles réduits. Piaggio a rendu cette décision publique le 21 septembre 2026.  La protection ne porte donc pas uniquement sur l’appellation Vespa, son logo ou ses différents éléments graphiques. C’est la forme tridimensionnelle du scooter qui bénéficie d'une reconnaissance en tant que marque. Pour parvenir à cette décision, l’EUIPO a notamment considéré que la forme avait acquis un caractère distinctif par son utilisation. Autrement dit, le public est susceptible d’associer cette silhouette à une origine commerciale déterminée, en l’occurrence Vespa et Piaggio. 

Une protection valable dans les 27 pays de l’Union européenne

L’intérêt de cette nouvelle reconnaissance réside également dans son étendue géographique. La marque tridimensionnelle permet de consolider la protection de la forme de la Vespa dans les 27 États membres de l’Union européenne. Piaggio avait déjà obtenu des protections nationales pour la Primavera en Italie en février 2024, puis au Royaume-Uni en novembre 2025. L'enregistrement européen franchit donc une étape supplémentaire en apportant une protection à l’échelle du marché communautaire. Pour un constructeur diffusant ses scooters dans de nombreux pays européens, l’enjeu est conséquent. Une imitation commercialisée dans plusieurs États peut désormais être abordée à travers une protection commune plutôt que seulement sous l’angle de droits nationaux distincts.

Pourquoi le design Vespa peut-il être protégé ?

La Vespa possède une particularité : son apparence générale a évolué depuis son apparition en 1946, mais plusieurs éléments stylistiques permettent toujours de rattacher les différentes générations à une même famille. C’est précisément l’un des points intéressants de la décision. Selon Piaggio, l’EUIPO considère que les évolutions apportées au fil des générations ne remettent pas en cause la protection lorsque les caractéristiques distinctives essentielles sont conservées. La Primavera actuelle peut ainsi être considérée comme une évolution de modèles antérieurs tout en maintenant leur identité reconnaissable. Cette appréciation est importante dans l’industrie du scooter. Un constructeur renouvelle régulièrement ses modèles : optiques, instrumentation, motorisations, équipements ou détails de carrosserie évoluent. La protection reconnue à Vespa ne se limite donc pas nécessairement à une photographie figée d’un modèle précis.

Une longue bataille autour de la silhouette Vespa

La nouvelle décision ne constitue pas la première intervention européenne concernant la protection esthétique des Vespa. En 2020, Piaggio avait déjà obtenu devant l’EUIPO l’annulation d’un dessin enregistré par une entreprise chinoise. Celui-ci concernait des scooters ressemblant à la Vespa et présentés lors de l’EICMA 2019. L’EUIPO avait considéré que le dessin contesté ne produisait pas une impression générale suffisamment différente de celle du dessin enregistré de la Vespa Primavera. À l’époque, Piaggio indiquait avoir remporté plus de 50 procédures d’opposition en deux ans dans le cadre de sa stratégie de lutte contre les contrefaçons et les enregistrements de marques ou dessins jugés trop proches de ses propres droits. La question a également été examinée devant la justice européenne. Dans un arrêt du 29 novembre 2023, le Tribunal de l’Union européenne s’est prononcé dans une affaire opposant Piaggio à l’EUIPO et à Zhejiang Zhongneng Industry Group autour d’une marque tridimensionnelle représentant la forme d’un scooter. L'affaire portait notamment sur le caractère distinctif de la forme et celui acquis par l’usage.

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Qu’est-ce qu’une marque tridimensionnelle ?

Une marque classique permet généralement de protéger un nom, un logo ou un signe graphique. Une marque tridimensionnelle peut, sous certaines conditions, protéger la forme d’un produit lorsque celle-ci remplit les critères nécessaires pour fonctionner comme une marque. Dans le cas de la Primavera, l’enjeu est donc différent de la simple protection du logo Vespa apposé sur la carrosserie. Un scooter concurrent ne pourrait pas nécessairement contourner la protection en supprimant simplement l'inscription Vespa si sa forme reproduisait les caractéristiques protégées au point de créer un conflit avec la marque tridimensionnelle. Cela ne signifie toutefois pas que Piaggio détient un monopole sur toutes les formes de scooters classiques ou néo-rétro. La portée de la protection concerne les caractéristiques permettant d’identifier la forme enregistrée et son noyau distinctif. L’appréciation d’une éventuelle atteinte reste une question juridique dépendant du modèle concerné et des circonstances.

Pourquoi la Vespa est particulièrement exposée aux copies

La problématique est particulièrement visible dans l’univers du scooter. Contrairement à de nombreux modèles dont le dessin change radicalement à chaque génération, la Vespa repose sur une continuité esthétique cultivée depuis plusieurs décennies. La carrosserie enveloppante, les volumes arrondis et les proportions générales participent à cette identité visuelle. Cette continuité constitue un avantage commercial pour Vespa, mais elle rend également la silhouette attractive pour des constructeurs souhaitant proposer des scooters adoptant une esthétique comparable. Piaggio cherche donc depuis plusieurs années à construire plusieurs niveaux de protection autour de ses modèles : marques, dessins enregistrés et autres droits de propriété intellectuelle selon les situations. La reconnaissance européenne de la Primavera comme marque tridimensionnelle vient renforcer cet ensemble.

Quelles conséquences pour les autres fabricants de scooters ?

La décision de l’EUIPO ne signifie évidemment pas la disparition des scooters au style rétro. De nombreux constructeurs proposent des modèles aux lignes classiques et peuvent continuer à le faire. Elle impose en revanche une vigilance accrue lorsque le dessin se rapproche directement des caractéristiques distinctives d’une Vespa. La question ne porte alors plus uniquement sur la présence d’un logo différent, mais également sur l’apparence générale du véhicule. Cette distinction est particulièrement importante dans un marché où plusieurs scooters peuvent partager des architectures techniques similaires. Deux modèles peuvent disposer d’un plancher plat, d’un phare rond ou d’une carrosserie aux formes classiques sans être nécessairement identiques. C’est la combinaison des éléments et l’impression produite par la forme protégée qui deviennent centrales dans l’analyse juridique.

Une protection qui accompagne les futures évolutions de Vespa

L’un des éléments les plus significatifs de la décision concerne finalement l'avenir de la gamme. L’EUIPO a admis que les modifications stylistiques intervenues au fil du temps n’avaient pas supprimé les caractéristiques essentielles permettant au public d’identifier Vespa. Pour Piaggio, cette reconnaissance permet donc de ne pas limiter la protection à une génération précise de Primavera. Les évolutions stylistiques restant fidèles à ce noyau distinctif peuvent également s'inscrire dans cette continuité. À l’heure où les constructeurs doivent faire évoluer leurs scooters pour intégrer de nouvelles motorisations, technologies et contraintes réglementaires, cette dimension est loin d’être secondaire. Vespa peut moderniser ses modèles tout en cherchant à conserver les éléments visuels qui constituent son identité.

Vespa : le design devient un élément stratégique du scooter

La décision européenne obtenue par Piaggio rappelle que la concurrence entre constructeurs de scooters ne se joue pas uniquement sur les moteurs, les équipements ou les tarifs. Le design constitue également un actif industriel et commercial susceptible d’être protégé. Dans le cas de Vespa, cette dimension prend une importance particulière en raison d'une identité esthétique construite depuis 1946. La reconnaissance de la forme de la Primavera comme marque tridimensionnelle à l'échelle de l'Union européenne donne désormais à Piaggio un outil supplémentaire pour agir contre les modèles qu'il considère comme des imitations. Elle ne réserve pas à Vespa l’ensemble du marché des scooters rétro, mais renforce juridiquement la protection d'une silhouette que l’EUIPO considère comme suffisamment distinctive pour être associée par les consommateurs à une origine commerciale précise.

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Éric BARSE

Rédacteur Éric Barse

Journaliste spécialisé dans l’univers du deux et trois-roues et fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com.

Passionné de moto et de voyages depuis l’adolescence, il revendique l'achat de plus de 65 modèles personnels à ce jour, toutes marques et cylindrées confondues. Curieux, ouvert à toutes les motorisations — thermiques comme électriques —, il explore l’univers du deux et trois roues sans préjugé. Son approche journalistique mêle rigueur technique et ressenti de conduite, dans une recherche constante d’équilibre entre objectivité mécanique et plaisir de pilotage.